Les Ombres d’un conteur,

Auteur, dessinateur : Nathalie Ferlut,

Editions Casterman,
Mais qui se cache derrière les contes mondialement connus de La petite sirène à La petite marchande d’allumettes en passant par Le petit soldate de plomb ? Que sait-on vraiment du poète devenu emblème national au Danemark ? Rien. Au-delà de l’hagiographie colportée par les biographies officielles, Nathalie Ferlut recompose le portrait en creux du conteur. Elle interroge ses personnages, fouille ses écrits, explore les interstices et les zones d’ombres. Le parcours chaotique qui le mène de la misère des campagnes danoises à la bourgeoisie de Copenhague. Sa volonté créatrice qui se heurte à l’illettrisme et à l’absence de culture. Son homosexualité refoulée qui le mine, la peur de la folie qui le hante.

Mon avis :

Tout comme les contes de l’auteur dont il est question, la lecture de cet ouvrage est un enchantement. Dès la couverture, les volutes de couleur et l’air bonhomme du personnage vous emportent dans un univers doux, protecteur et magique.

Nathalie Ferlut a choisi de nous faire le récit imagé, imaginaire, fantasmé de la vie de Christian Andersen : de son enfance Danoise pauvre mais chaleureuse jusqu’à l’aube de sa longue vie, au cours de laquelle il rencontrera tant de personnages sans jamais trouver auprès d’eux ce qu’il cherche tant. Tout au long de ce récit, l’écrivain fantasque est accompagné d’une petite fée et du fameux soldat de plomb. Comme lui, c’est un solitaire qui voyage énormément. La chance, le hasard et une incroyable persévérance vont lui permettre de parvenir à son rêve : Ecrire. Même si sa vie est remplie d’amis et d’amour, on perçoit la solitude d’Andersen. Homosexuel à un siècle encore intolérant ; il se cherche et se fuit craignant de sombrer dans la folie.

Le ton reste léger et optimiste, avec notamment de somptueux passage sur les fêtes de Noël, rendues féeriques par l’imagination, l’amour et la maîtrise de l’art des papiers découpés d’Andersen. Les remarques espiègles des animaux et des objets qui peuplent le quotidien d’Hans et guident son existence augmentent cette impression de douce insouciance. Toutefois on sent peser une mélancolie qui perdure jusqu’à la fin de l’ouvrage. Le poète reste au milieu de la foule, seul avec ses fantaisies.

Le format de l’album donne toute sa dimension onirique au récit. En effet, ce sont les graphismes qui m’avaient frappée en premier dans cette Bande dessinée. A simplement feuilleter les pages, on a envie de se plonger dans cette ambiance foisonnante et éclectique. Nathalie Ferlut fait référence aux influences nordiques de nombreux contes d’Andersen, à travers de multiples illustrations aux motifs scandinaves. Le trait et la palette de couleur varient suivant la gravité de l’épisode raconté : un flou léger et pastel pour les scènes au jardin ou sur le lac auprès de son grand amour inavoué, ou bien des lignes pleines d’arabesques et des couleurs chaudes pour les tourments et peurs existentielles.

Cette Bande dessinée permet de découvrir l’existence méconnue de cet écrivain dont tout le monde connait les contes. Ce récit prenant nous invite à les relire pour y chercher l’homme qui se cache derrière ses personnages.

9/10

2 thoughts on “Les ombres d’un conteur”

  1. Très intéressant! Je ne ressens pas la même chose que toi face à la couverture. Je suis d’accord avec le côté bonhomme du personnage qui invite à une lecture gai, bien que son regard soit pensif. Mais les dessins tout autour du personnage me perturbent…. En effet certains me donnent cet univers doux, tout comme les dessins présents à droite du personnage. Alors que ceux de gauche me font ressentir un univers sombre voir inquiétant . Et les couleurs dignes d’une couverture de polard renforcent d’ailleurs mon dernier sentiment. Mais cette d’ambiguïté que je ressens sur la couverture, semble être un bon reflet des différents passages de la BD illustrant apparemment la vie remplie d’amour mais aussi de solitude d’Andersen! Je n’ai pas eu l’occasion de voir l’intérieur de la BD qui affirme surement d’avantage l’univers doux et protecteur. Bel article qui donne une fois de plus envie de découvrir une oeuvre originale!

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