L’auteur : Ian McEwan.

L’éditeur : Du monde entier, Gallimard.
 A l’étroit dans le ventre de ma mère, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant mon entrée dans le monde, je veille. J’entends tout. Un complot se trame contre mon père. Ma mère et son amant veulent se débarrasser de lui. La belle, si belle Trudy préfère à mon père, John, poète talentueux en mal de reconnaissance et qui pourtant l’aime à la folie, cet ignare de Claude. Et voilà que j’apprends que Claude n’est autre que mon oncle : le frère de mon père. Un crime passionnel doublé d’un fratricide qui me fera peut-être voir le jour en prison, orphelin pour toujours ! Je dois les en empêcher.

Mon avis :

J’ai découvert et eu envie de lire ce roman grâce au podcast de Guillaume Gallienne. Le sujet est en effet particulièrement accrocheur, même s’il n’a rien à voir avec les deux précédents livres de l’auteur que j’avais eu l’occasion de lire. Expiation était un drame amoureux aux accents Jane Austinien et Sur la plage de Chesil une débâcle érotique contemporaine sur la fin d’un couple. Néanmoins, on va retrouver dans une coque de noix le thème de la déception amoureuse, de la frustration, de la cruauté humaine.

L’histoire se passe à Londres, où on suit Trudy, une jeune femme de 27 ans enceinte, qui est séparée de son mari John, un poète. Son amant n’est autre que le frère de ce dernier, un inculte qui a réussi dans l’immobilier. Comble du malheur pour le cocu, le couple illégitime vit dans la maison familiale et chérie de John. L’originalité du roman va venir de son point de vue. Toute l’intrigue est contée à travers les sensations, les perceptions du bébé dans le ventre de Trudy. La trouvaille est ingénieuse et le procédé remarquablement maîtrisé. McEwan nous fait accepter sans problème l’intelligence surdéveloppée du fœtus, qui se nourrit au fil des pages des podcasts culturels que sa mère écoute. Il ne voit pas mais imagine pour nous les scènes qu’il entend. Une réalité fantasmée mais juste.

Le déroulement du récit est captivant. Le suspense est là et ce qui est intéressant, c’est que d’un chapitre à l’autre, le lecteur va prendre parti pour des personnages différents, que leurs intérêts opposent. Le roman est nourri par la réflexion de l’enfant innocent sur les choix des adultes qui l’entourent et qui ne semblent pas le compter dans leur équation. Notre narrateur incongru s’interroge alors sur l’amour parental et son fonctionnement. En effet, lui ne peut pas s’empêcher d’aimer sa mère même si elle est imparfaite. Mais qu’advient-il lorsque celle-ci ou son père le rejette, l’oublie, le néglige…

Parmi les sujets traités, le vin revient de manière récurrente dans le roman et d’une manière peu orthodoxe. Il est à la fois un plaisir, une échappatoire et un soulagement pour les personnages. Le problème réside dans le fait qu’il l’est pour tous, y compris notre trop jeune narrateur. Le bébé n’est pas offusqué que sa mère boive. Il apprécie même « partager un verre » avec elle. Il se délecte des effets et des saveurs de ce breuvage. Il devient d’ailleurs peu à peu un fin œnologue et se met à être exigent.

La connaissance et la culture sont elles aussi des thématiques centrales de l’histoire. Le bébé se pose beaucoup de question sur le monde qu’il va découvrir. Cela amène aussi la question de l’inné et de l’acquis qui est chamboulée par ce fœtus plein de sagesse. De même, c’est aussi la culture et le savoir qui font la différence entre les deux hommes dans la vie de Trudy. La culture littéraire de John s’oppose au rationalisme vénal et sexuel de Claude.

Dès le début, l’auteur nous indique un lien entre son histoire et le drame d’Hamlet en citant la pièce de Shakespeare :

« Ô Dieu, je pourrais être enfermé dans une coque de noix et m’y sentir roi d’un espace infini, n’était que j’ai de mauvais rêves. ».

Le bébé est justement dans le ventre de sa mère comme dans une coquille. A l’abris pour le moment, mais aussi témoin impuissant du plan machiavélique des deux amants à l’encontre de son géniteur. Cet acte orchestré et cruel m’a surtout fait penser à un autre roman où deux amants cherchent à évincer un mari gênant : Thérèse Raquin d’Emile Zola. J’y retrouvais les tourments et les fantômes de la culpabilité. L’odeur putride et le froid, les remords insubmersibles. Je ne sais pas si McEwan s’est inspiré de ce texte mais j’y ai vu une forte résonance.

Enfin, un mot sur l’écriture qui a été un délice à parcourir. Fluide mais en même temps très riche et intelligente. Le sujet traité est sinistre mais l’auteur a choisi un ton souvent décalé, parfois drôle qui rend le tout délectablement cynique. A dévorer au plus vite !

8/10

One thought on “Dans une coque de noix”

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