Tome 1, Goût décès.

Auteur, dessinateur : John Layman, Rob Guillory.

Edition : Delcourt.
L’inspecteur Tony Chu possède un don pour le moins étrange : il est cibopathe. Cela signifie qu’il est capable de retracer psychiquement la nature, l’origine, l’histoire, et même les émotions, de tout ce qu’il mange. Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi un policier tout à fait respectable… lorsqu’il ne goûte pas à la victime d’un meurtre afin de découvrir l’identité du coupable et ses motifs.

Mon avis :

C’est au hasard des rayonnages de ma bibliothèque municipale que je suis tombée sur cette série. Sur la couverture, on découvre un policier qui braque une arme vers le lecteur et sur sa table de restaurant un poulet éventré. Un tas de cadavre termine l’ensemble. Le titre est accrocheur et le jeu de mot sur « coup d’essai » laisse présager un ton décalé et tranchant. On retrouvera d’ailleurs tout au long du comics ce goût du bon mot et du jeu de langage. Il suffit de penser au nom du personnage principal : Tony Chu. En effet, on apprend très rapidement que ce dernier est doté d’une étrange faculté. Il peut ressentir tout ce que les aliments qu’il ingère ont ressentis. Or en anglais « mâcher » se dit justement « chew » ; un habile clin d’œil donc.

« Tony Chu est cibopathe. cela veut dire qu’il peut croquer dans une pomme et savoir d’instinct sur quel arbre elle a poussé, connaître la marque des pesticides utilisés, ainsi que la date précise de sa récolte. Ou il pourrait manger un hamburger et expérimenter quelque chose d’entièrement différent… »

   Notre insolite détective se nourrit donc peu, le seul aliment lui épargnant un flash-back douloureux étant la betterave (pas de quoi s’enflammer donc). L’univers créé par John Layman est intéressant et original. Nous sommes dans une sorte de Philadelphie alternative. En effet, on apprend grâce à une abracadabrantesque planque pour démanteler un marché noir, que dans cet univers ce n’est pas la drogue la reine de la contrebande mais le poulet ! En effet, une terrible grippe aviaire aurait fait de nombreuses victimes et entraîné l’interdiction du gallinacé. Nous sommes quelques années plus tard et la société a tenté de mettre en place des substituts alimentaires mais les pilons continuent à se passer sous le manteau. Une société de répression de ces fraudes a même vu le jour : La R.A.S (là aussi jeu de mot plaisant) répression des aliments et stupéfiants.

Par un concours de circonstances peu ragoutant, Tony Chu va intégrer cette brigade et découvrir qu’il n’est pas le seul cibopathe. Le comics entre alors dans le vif du sujet et on suit les enquêtes sanglantes, panées et osées des deux acolytes qui y vont à renfort de coups de dents dans les cadavres quand leur enquête n’avance pas. Le suspense, la surprise et la variété sont au rendez-vous. On croise un doigt dans un burger, un critique culinaire capable de faire vomir son lectorat avec ses articles, un lama et des russes pas contents. On ne s’ennuie pas et il n’y a pas de redite, dans un format qui aurait pourtant pu tomber dans la redondance. Le personnage de Tony Chu se dévoile peu à peu et on s’attache à lui très facilement. Il a ses faiblesses mais ne reste pas naïf et sait se mettre dans l’action. Le twist final donne très envie de poursuivre avec le tome 2.

Je mettrais simplement un petit bémol sur la fin du chapitre 4 qui est un peu saugrenue et peu claire. A voir si cette trame narrative réapparaît dans la suite des aventures de notre détective.

La composition des planches est dynamique et variée. Elle permet de bien souligner le suspense et met en valeur les scènes d’actions ou de combat. Les couleurs pastel et le trait écorché de Guillory servent bien cet univers carnassier. Je vais vite me précipiter sur la suite.

8/10

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